Tuesday, May 27, 2008

Michel Rocard : « La Calédonie est déjà indépendante »

En Calédonie pour présider un forum sur la gestion de l’eau en milieu insulaire, l’ancien Premier ministre occupait Matignon lorsque Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou s’y sont serré la main, il y a vingt ans.



Il est passé le 26 Mai par le centre Tjibaou, où il a raconté à des jeunes sa vision et son vécu de cette page d’histoire, et exposé son regard sur l’avenir du pays.


Il y avait autour de lui Marie-Claude Tjibaou, la veuve de Jean-Marie. Isabelle Lafleur, la fille de Jacques. Et partout sur les murs, des photos ou des interprétations artistiques de la poignée de main échangée en juin 1988 à Matignon par les leaders des deux camps qui s’affrontaient alors l’arme au poing.


La visite (la quatrième) faite par l’ancien Premier ministre Michel Rocard au centre Tjibaou a donc été un moment « de profonde émotion ». Ce moment, il l’a partagé avec un groupe de jeunes lycéens venus l’interroger sur cette période et sur la vision qu’il a de l’avenir calédonien.


Extraits.

La poignée de main

« Je n’étais que depuis quelques semaines à Matignon. Auparavant, j’étais ministre de l’Agriculture et j’avoue que je ne connaissais pas grand-chose au dossier calédonien. Nommé Premier ministre après la réélection de François Mitterrand, je lui ai demandé si la Calédonie était sa compétence ou la mienne. Le drame d’Ouvéa venait juste de se produire. Il m’a répondu - ne le prenez pas mal - “la Calédonie est un problème gouvernemental normal, je ne m’en occupe donc pas“. Je me suis donc plongé dans la question. J’ai fait venir les deux hommes forts du pays et, peu à peu, nous avons trouvé les voies de la paix. Cette poignée de main, c’est votre acte de naissance, à vous la jeune génération. »


Guerre et paix

« C’est toujours plus facile de faire la guerre que de construire la paix. Tout homme qui subit l’aigreur ou la frustration a tendance à tomber dans la haine de l’autre. Alors que construire la paix demande de la force. Vivre en paix, c’est un art qui suppose d’identifier l’autre comme étant différent, tout en reconnaissant en lui son propre frère. Et ça, c’est trapu ! Et ça s’oublie vite. À la première difficulté, la tentation revient de le dénoncer comme responsable et de lui taper dessus. »


Le centre Tjibaou

« Le monde kanak a son emblème. Ce lieu est connu partout dans le monde. C’est même un timbre-poste. Jean-Marie Tjibaou voulait ce lieu. Les accords signés, je me suis battu pendant cinq ans pour que, au-dessus et au-dessous de moi, on ne rogne pas peu à peu le budget au risque d’enterrer le projet. »

La France, le moins mauvais colonisateur

« La France a fait des choses dont j’ai honte. Quand l’armée chassait les tribus de la mer à coups de fusil pour faire place aux colons. Le grand-père de Jean-Marie Tjibaou a couru comme ça en portant un enfant de quatre ans. À côté de lui, un proche est tombé d’une balle dans le dos. J’ai honte aussi quand deux militaires ont achevé à coups de crosse deux preneurs d’otages d’Ouvéa. Le monde kanak l’ignorait alors, mais c’est pour ça que j’ai accordé si facilement l’amnistie. Il y avait crimes des deux côtés. On a effacé l’ardoise des deux côtés. Mais la France a aussi construit des routes, des écoles et des hôpitaux. Les Anglais, eux, n’ont fait que du commerce et sont partis en laissant la misère derrière eux. Les Belges ont sans doute été les pires. Voyez le Rwanda et l’ex-Congo aujourd’hui. »


La Calédonie indépendante

« La Calédonie est déjà indépendante. Le concept ancien n’a plus de sens. Depuis Clovis, l’indépendance, c’était la monnaie, l’armée, la justice. Voyez la France. Elle est devenue plus forte en intégrant une monnaie commune à plusieurs pays. Elle est devenue plus forte en alliant son armée à d’autres. La France a gagné en force en perdant en indépendance. Une justice européenne existe qui peut donner des coups de sifflet à chaque pays. J’espère qu’un jour, l’ONU aura cette force au plan mondial. Et alors, plus aucun pays ne sera pleinement indépendant. Maintenant, est-ce que la Calédonie a le droit d’aspirer à avoir un siège aux Nations unies, bien sûr que oui. Être indépendant, n’est-ce pas plutôt pouvoir vivre sa langue, sa culture, sa spiritualité et institutionnaliser ses droits ?»


La Calédonie sous-développée

« La Calédonie est aujourd’hui un pays débarrassé de l’oppression ignoble de l’ancien colonialisme. Son problème aujourd’hui, c’est le sous-développement. Car, disons les choses telles qu’elles sont : vous êtes un pays sous-développé. Le revenu moyen par tête en Nouvelle-Calédonie doit tourner autour de 2 500 dollars quand il est de 31 000 dollars en Métropole. Et pour sortir du sous-développement, il faut beaucoup d’éducation, et quarante ou cinquante ans d’efforts. C’est pour ça que les Accords prévoient une clé de répartition financière qui favorise les provinces pauvres du pays. »

Monday, May 26, 2008

Certificats de nationalité française : dérives et dysfonctionnements

Jean-Pierre Brard, député de la Seine-Saint-Denis, membre du groupe démocrate et républicain, vient de soulever à l’Assemblée nationale la question des dérives et dysfontionnements en matière de certificats de nationalité française.


Il prend ainsi le relais de nos sénateurs Monique Cerisier Ben Guiga et Richard Yung, ainsi que de nos élus à l’Assemblée des Français à l’étranger, tous très impliqués sur ce dossier. Son échange avec Mme Christine Albanel, représentant le gouvernement, lors de la séance publique du 8 avril mérite d’être lu. Il est intégralement reproduit ci-après.


M. Jean-Pierre Brard


Ma question s’adresse à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice.


Actuellement, environ 10 % des enfants qui naissent en France ont deux parents nés à l’étranger. Les familles dont tous les ascendants n’ont pas toujours résidé en France sont de plus en plus nombreuses, qu’elles soient issues ou non de l’immigration. De nombreux enfants nés au sein de ces familles seront donc, en l’état actuel du droit, confrontés, à un moment de leur vie, à un questionnement sur leur nationalité française, et se trouveront alors dans l’obligation d’obtenir un certificat de nationalité.


Malheureusement, force est de constater que cette démarche est l’une des pires démarches administratives que l’on puisse imaginer subir dans une vie de citoyen français. Les victimes de cette mécanique infernale sont presque toujours frappées par surprise, certaines qu’elles sont d’être bien françaises depuis leur naissance. Ce n’est pourtant généralement là que le début de leurs déboires.


La surprise se double bien souvent de l’humiliation de voir contestée une part fondamentale de l’identité personnelle, et d’un découragement devant la liste des justificatifs demandés. Pourtant, la circulaire de 1998, qui avait pour objet d’humaniser un peu cette procédure, a eu notamment pour objectif de « mettre en place une structure permettant un accueil personnalisé et de développer de manière systématique la pratique d’un entretien individuel, accompagné d’explications sur la situation de l’intéressé au regard du droit de la nationalité et sur la pertinence des pièces qui lui sont demandées ».



La réalité est fort éloignée de ces objectifs, pourtant parfaitement légitimes, cela faute de moyens humains suffisants dans les greffes des tribunaux, donc de temps pour informer l’administré sur une situation a priori incompréhensible et traumatisante pour lui.




S’y ajoute souvent le fait que la demande revêt un caractère d’urgence, car la production du certificat de nationalité conditionne la délivrance d’une carte d’identité nationale, exigée par exemple pour concourir à un emploi de la fonction publique, pour s’inscrire à certains examens, pour obtenir un passeport indispensable pour un déplacement professionnel ou pour visiter un parent malade à l’étranger. Or les délais de délivrance du certificat de nationalité, qui peuvent dépasser deux ans, comme j’ai pu le constater dans ma circonscription, sont généralement incompatibles avec les contraintes de la vie courante. Les greffes sont encombrés par ces dossiers qui génèrent des demandes de pièces souvent mal ou peu expliquées, voire choquantes et contraires aux principes républicains, comme ce fut le cas l’été dernier dans ma circonscription dans l’affaire Abitbol, où il a été demandé à une personne de produire un certificat de mariage religieux juif.


La réduction en cours du nombre de tribunaux et le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite vont, à l’évidence, encore dégrader une situation déjà très difficile.


Évidemment, l’obligation d’obtenir un certificat de nationalité a tendance à se concentrer sur certaines familles et certaines fratries. L’issue positive de l’instruction de la demande n’est, bien entendu, pas assurée, même si, lorsque la possession d’état de Français est suffisamment caractérisée, pendant dix ans, la personne est invitée à souscrire une déclaration sur le fondement de l’article 21-13 du code civil, ce qui lui permet de rester Français après beaucoup de temps et de peine perdue.


Aussi invraisemblable que cela puisse paraître dans notre pays, où chacun et chacune d’entre nous pense que sa nationalité est inaliénable, il est possible de perdre celle-ci, comme autrefois en Union Soviétique. C’est pourquoi il est indispensable de mettre un terme à l’arbitraire et de revenir aux droits fondamentaux. Il paraît nécessaire d’apporter des simplifications aux règles et à la procédure de délivrance des certificats de nationalité et d’appliquer strictement la circulaire de 1998 pour plus de respect de nos concitoyens.


À cet effet, madame la ministre, j’aimerais connaître le nombre de certificats sollicités, le nombre de refus de délivrance et le nombre de déclarations souscrites au titre de l’article 21-13 du code civil durant les trois dernières années.


M. le président. La parole est à Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication.


Mme Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication.


Monsieur le député, je tiens à vous assurer que le Gouvernement est tout à fait conscient des difficultés que vous décrivez. C’est pourquoi des initiatives ont été prises pour améliorer les conditions de délivrance des certificats de nationalité française.


La première d’entre elles relève du ministère de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités locales : depuis le mois de septembre 2007, il n’y a plus besoin de certificat de nationalité pour renouveler sa carte d’identité, dès lors qu’une carte d’identité de moins de dix ans peut être produite. C’est une vraie simplification des procédures.


Il reste néanmoins des cas où la production d’un certificat de nationalité française s’impose. Ainsi l’instruction des dossiers des personnes qui ne sont pas nées sur notre territoire est parfois complexe. C’est pourquoi la chancellerie a eu le souci de centraliser le traitement des dossiers auprès d’un interlocuteur unique spécialisé : le décret du 13 mai 2005 a créé le service de la nationalité des Français nés et résidant hors de France, service rattaché au tribunal d’instance du 1er arrondissement de Paris.


Le ministère de la justice veille à adapter les moyens de ce service aux besoins. Son effectif s’élève actuellement à vingt-quatre fonctionnaires : onze greffiers en chef, sept greffiers et six agents de catégorie C. Des recrutements sont en cours pour pourvoir des postes supplémentaires : deux postes de greffier en chef et huit postes d’agent de catégorie C. Dans cette attente, dix vacataires vont venir renforcer le service pour accélérer la frappe des décisions et l’envoi des courriers.


Vous pouvez donc être certain que Mme la garde des sceaux veille avec attention à ce que ce service soit en mesure de faire face aux demandes. Tout est fait pour réduire les délais de traitement.


M. le président. La parole est à M. Jean-Pierre Brard.


M. Jean-Pierre Brard.


Madame la ministre, j’ai eu, à la buvette de l’Assemblée, une discussion informelle sur ce sujet avec la garde des sceaux. À l’évidence, ce n’est pas elle qui a revu la réponse que vous venez de me faire, car vos propos ne cadrent ni avec ce qu’elle m’a dit ni avec la réalité. Ce dont je viens de parler existe toujours : on conteste la citoyenneté française à des gens qui sont Français depuis des générations.


Savez-vous, par exemple, ce qui est arrivé au beau-père de notre collègue Gérard Bapt, qui siège sur les bancs du groupe socialiste ? Il a fallu qu’il prouve sa nationalité française alors qu’il était général dans notre armée ! C’est Kafka et Gogol conjugués !
Et que dire lorsqu’on vous demande, au greffe, de fournir un certificat de mariage religieux parce que votre nom est à consonance juive ? Sommes-nous en 1942 pour faire ainsi référence à l’origine supposée d’une personne ? J’ai d’ailleurs écrit à ce sujet au président du CRIF, M. Prasquier, tant il est insupportable que notre nationalité puisse être ainsi contestée par la bureaucratie.


À propos de contestation, je conteste absolument la réponse que vous venez de me fournir, madame la ministre – bien que je sache que la question ne relève pas de votre département ministériel –, parce qu’elle est irréelle. Le fonctionnaire qui l’a rédigée a sans doute lu le mythe de la caverne de Platon et il confond l’ombre et la réalité ! En effet la réalité, ce sont des citoyens comme vous et moi qui la subissons. Quand un jeune issu de l’immigration – et je pense à un exemple précis, dans ma ville de Montreuil – ne peut présenter le concours d’entrée à l’IUFM tant les délais sont importants, c’est un déni de ses droit fondamentaux et de ceux de chacune et chacun d’entre nous.


Je suis sûr, monsieur le président, que vous partagez mon point de vue, même si, là où vous êtes, vous êtes réduit au silence.


Sunday, May 11, 2008



Au Parlement australien, assis à côté des autres ministres, Peter Garrett ne détonne guère. Ne seraient son crâne rasé qui dépasse et ses jambes incasables, il passerait presque inaperçu.




Le quinquagénaire adresse ses commentaires au premier ministre, discute, rit à l'occasion. Envolés, les chapeaux ou foulards autour du front, remisées les chemises de couleur de ses clips. Peter Garrett, ex-chanteur des Midnight Oil, groupe de rock australien engagé et star des années 1980, a endossé l'habit de ministre de l'environnement, du patrimoine et des arts depuis la victoire des travaillistes, fin 2007. Depuis, le Géant vert - surnommé ainsi pour ses presque deux mètres de haut et ses combats environnementaux - s'habille en sombre.

Pendant la session parlementaire, Peter Garrett déserte Maroubra, la banlieue de Sydney où vit sa famille, mais il a toujours été très discret sur sa vie privée : tout juste sait-on qu'il est marié à une psychothérapeute et qu'ils ont trois enfants.

A Canberra, dans son bureau, on trouve essentiellement des livres sur l'environnement. C'est d'ici que le ministre met au point ses nouvelles stratégies : ainsi de la lutte contre la campagne de pêche à la baleine organisée par les Japonais. Rien que de très normal au fond, pour l'ancien étudiant en droit, passé par la prestigieuse Université nationale australienne (ANU) de Canberra.

Avant d'en arriver là, l'homme a fait un détour par une autre scène. En 1973, alors qu'il a 20 ans, Peter Garrett lit une petite annonce dans le Sydney Morning Herald. Un groupe cherche un chanteur pour faire une tournée, il se présente à l'audition. "Pete est entré, l'air vraiment intimidant. (...) Il a commencé à improviser. Ce qu'il faisait était vraiment unique", raconte Jim Moginie, l'un des membres du groupe, dans la biographie écrite par Mark Dodshon, en 2004, Beds are Burning, titre d'une célèbre chanson des Midnight Oil. Le groupe se séparera en 2002, après plus de 2 000 concerts et 140 chansons.

Nés des années 1970, soutenus d'abord par la communauté des surfeurs "Aussies", les Midnight Oil choisissent des thèmes a priori peu attrayants. "Les Oil, ce ne fut jamais sexe, drogue et rock and roll", commente Dodshon. A la place, ils chantent contre la déforestation et le nucléaire, pour le respect des droits des Aborigènes. Cela pourrait suinter les bons sentiments et les accords sirupeux : les musiciens en font un rock dur. Peter Garrett abandonne ses longs cheveux blonds et se fait la boule à zéro. Sur scène, le grand échalas déploie toute son énergie dans des mouvements hallucinés. "C'était étonnant, comme une marionnette dansant partout sur scène", se rappelle Andrew McMillan, qui a décrit la tournée des Oil dans le désert australien, en 1986, dans son ouvrage Strict Rules (Hodder, 1989).

Rapidement, ils deviennent des stars. "Les gens les aimaient car ils étaient courageux", dit McMillan. A la fin des années 1980, l'album Diesel and Dust, et son titre légendaire Beds Are Burning, a fait le tour de la planète. Les Oil résistent aux sirènes du succès, multiplient les gestes symboliques. Ils le feront encore une fois en 2000, en chantant devant le monde entier pour la défense des Aborigènes, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Sydney. Sur scène, Peter Garrett et les musiciens apparaissent avec le mot sorry (pardon) inscrit sur leurs vêtements. Quelque part dans la foule, le premier ministre de l'époque, John Howard, hostile à toutes excuses officielles auprès des autochtones, doit avaler l'affront

Entre ses tournées, Garrett tente d'investir d'autres domaines. En 1984, il se présente, sans succès, au Sénat pour le Parti du désarmement nucléaire. Durant deux mandats, il est président de la puissante Fondation australienne pour la conservation, une ONG environnementaliste.

Mais de cela, on n'en entend plus beaucoup parler. Car depuis son entrée au sein du Parti travailliste, en 2004, le discours s'est assoupli, l'image s'est policée. Le ministre affirme vouloir maintenant changer les choses de l'intérieur. "J'aime la musique, mais j'ai toujours pensé que si j'avais l'occasion d'entrer au Parlement, je la saisirais", explique-t-il aujourd'hui. Par tradition familiale, il serait plus travailliste qu'écologiste : "Je me préoccupe de l'environnement. Mais je voulais défendre un ensemble de valeurs qui sont celles du Labor." Ses amis d'hier l'accusent d'avoir vendu son âme. "Peter a choisi d'aller vers le pouvoir plutôt que de suivre son coeur", affirme, lapidaire, Bob Brown, chef du parti des Verts. Dans le camp d'en face, les libéraux auraient presque la dent plus tendre.

Il faut dire que Peter Garrett a commis l'impardonnable aux yeux des écologistes, en soutenant un projet controversé d'usine à papier en Tasmanie. Trahison ultime, pour ceux qui autrefois l'ont accompagné dans les forêts tasmaniennes. "Il s'est battu pour protéger des zones désormais menacées par ce projet", s'insurge Paul Oosting, de la Wilderness Society. Le militant antinucléaire qui chantait River Runs Red (La rivière coule rouge), référence à la pollution causée par les compagnies minières, s'est rallié à la position de son parti approuvant l'exploitation de nouvelles mines d'uranium. Il se contente de dire que "le projet doit respecter une série de normes". Le chevalier vert qui, en 1990, donnait un concert devant l'immeuble d'Exxon à New York, en réaction à la marée noire de l'Exxon-Valdez, rencontre désormais les grands industriels du pays pour parler environnement. "Il a toujours compris que les entreprises avaient un grand rôle à jouer", commente John Schubert, l'un des directeurs de BHP Billiton Ltd, ancien d'Exxon lui-même converti à la lutte contre le réchauffement climatique.

Pragmatisme poussé à l'extrême ? Souriant, la parole lisse et carrée, le ministre contourne les questions épineuses et se dit "fier" d'appartenir à un gouvernement qui a ratifié le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique. "Il a appris à faire des compromis. Sa tactique : des pas minuscules. Il sait ce qu'il fait", soutient Mark Dodshon. Peut-être n'avait-il pas mesuré toutes les difficultés qui l'attendaient. "La discipline, dans le parti, avoue-t-il, est importante." Il l'a appris à ses dépens : après des gaffes durant la campagne pour les élections de novembre 2007, Peter Garrett a été privé de deux dossiers clefs, l'eau et le changement climatique, par le premier ministre Kevin Rudd.

"J'espère sacrément qu'il va finir par s'affranchir des contraintes qui pèsent sur lui", soupire Andrew McMillan. Le chanteur et surfeur aguerri a jusqu'aux prochaines élections pour apprivoiser les remous de la vie politique. Ou rassurer ses vieux fans.

Plus d'information sur http://www.petergarrett.com.au/

Thursday, May 8, 2008




What is Left of May 68?





Debate night hosted at the Alliance Francaise de Sydney by Dr Elizabeth Rechniewski, senior lecturer at the University of Sydney, specialist in social and political history of post-war France.

Speakers:

- Paul Dwyer, director, dramaturg and specialist in Theatre and Performance studies

- Tom Morton, writer, journalist and broadcaster with Radio National

- Michelle Royer, specialist in French cinema and Feminist studies

This round table seeks to avoid both nostalgia and blame through a discussion on the mid-term and long-term effects of these events in various fields such as cinema, theatre, movements surrounding identity and political evolution in Eastern Europe.

The round table will be held in both English and French.

A documentary presenting historical footage will be screened at 3pm.

From 6 to 8pm at the Alliance Francaise, 301 George St, Sydney NSW 2000
TEL: (02) 9292 5700
Booking essential

Tuesday, May 6, 2008

Le contraste est frappant entre la bonne santé des droites européennes et l'ambiance plus que morose qui domine le premier anniversaire de l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, le 6 mai 2007.


En Italie, la droite ne s'est pas contentée de gagner les législatives, elle vient de s'emparer de la municipalité de Rome. A Londres, un an avant des législatives menaçantes pour le Labour de Gordon Brown, un conservateur, pourtant réputé fantaisiste, l'a emporté sur le solide maire travailliste. En France, au contraire, les élections municipales de mars ont été ravageuses pour le parti du président.


Ce n'est pas que la gauche ait moins de vague à l'âme ici que chez nos voisins. Au contraire. M. Sarkozy aurait pu célébrer les succès européens de sa famille de pensée, en même temps que l'anniversaire de sa victoire, s'il n'avait suscité durant cette première année de présidence une énorme désillusion.


Les Français ont cru voter pour un politique énergique, qui semblait décidé à faire redémarrer un pays atone, voire bloqué, et qui avait su les convaincre, en particulier les plus modestes d'entre eux, qu'il améliorerait leur situation personnelle. Or, rien n'a fonctionné comme prévu. Arrivé à l'Elysée avec plus d'atouts que la plupart de ses prédécesseurs, le chef de l'Etat les a gâchés avec presque autant d'énergie qu'il avait mis à les obtenir.

Hier conquérant et triomphant, le voilà décrié, affaibli, empêtré. Les premières mesures du "paquet fiscal" ont donné le signal désastreux d'une politique qui semblait faite "pour les riches", tout en privant le budget de masses financières précieuses. La conjoncture économique internationale n'a rien arrangé depuis. Au lieu du solide professionnalisme qu'on prêtait au président, amateurisme, bricolages et cafouillages ont dominé l'action de l'exécutif. Sans parler du mélange des genres entre vie privée et fonction présidentielle.


Il reste quatre ans à M. Sarkozy pour réparer les dégâts. Faute de quoi, après le regain d'intérêt, presque de passion, pour la politique qu'a permis l'élection présidentielle, il porterait une lourde responsabilité. Celle d'avoir, une nouvelle fois, creusé le fossé entre le peuple et ses dirigeants.